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Un projet pédagogique

"Apprendre à apprendre", "donner le goût d’apprendre" : voilà des objectifs fondamentaux de notre projet d’établissement, et c’est bien dans cette perspective que s’inscrit ce projet de spectacle historique, avec un accent particulier sur ce fait pourtant de bon sens mais sur lequel notre époque se montre décidément insensée : pour apprendre réellement, il faut bien qu’une partie (surtout dans le jeune âge, où l’on ne maîtrise pas encore tous les outils conceptuels) soit apprise "par coeur" ! Monter un spectacle scolaire, c’est s’efforcer (car les résistances sont parfois extrêmement fortes) de démontrer aux élèves, aussi bien à ceux qui jouent qu’à ceux qui constituent le public, (et aux parents !) qu’apprendre des "tirades" par cœur n’est pas pour un adolescent, (ou un pré-adulte, soyons démagogue pour une fois !) une entreprise au dessus de ses capacités. Or, pour le professeur, l’un des instants les plus pénibles de ce genre de projet est bien celui où, communiquant le texte d’une nouvelle scène contenant des répliques de plus de deux lignes, il doit affronter une réaction des intéressés (pas tous, heureusement !) laissant croire qu’il vient de se livrer à un intolérable acte d’agression.

Je ne résiste pas à la tentation de citer un ouvrage (L’Algérie des origines, La Découverte, 2007) qui complèterait utilement la bibliographie critique donnée un peu plus loin : "Comme pour tous les humains de l'Antiquité, l'appel massif à la mémoire suppléait à la rareté des ouvrages. Augustin de Thagaste (saint Augustin) au soir de sa vie encore, pouvait réciter des grandes tirades de Virgile. La ferveur à apprendre y concourait dès l'enfance, aidée par la férule des maîtres, lesquels frappaient à l'envi leurs élèves pour leur faire entrer les classiques dans la tête; et Augustin est loin d'avoir été un cas isolé : nombre de ses contemporains excellèrent dans le hafz (mémorisation). Plus tard, les pédagogues d'école coranique recourront aux mêmes méthodes pour former les huffâz ul qur'ân (mémorisateurs de Coran). L'entraînement de la mémoire et les exemples toujours à l'esprit des grands auteurs produisirent des générations d'hommes capables de parler et d'écrire d'abondance, y compris de petits lettrés de bourgades qui pouvaient briller dans l'art d'improviser. Les lettrés jouissaient d'un grand prestige. L'école était un moteur de l'ascension sociale." Et l’historien Gilbert Meynier, pour montrer que la férule n’est pas indispensable, d’ajouter en note : "En 1955, l'auteur de ces lignes, alors âgé d'à peine treize ans, a appris par cœur, en classe de quatrième, des fragments du chant II de l'Enéide sous la conduite de son professeur du lycée Ampère de Lyon, M. Haguenauer. Ce dernier était une crème d'homme, bien incapable de frapper ses élèves ; pas plus que, l'année précédente, le doux M. Chazaud, qui avait fait apprendre par cœur à sa classe de cinquième de grands passages du De viris illustribus urbis Romae." (Certes, il ne s’agit pas dans ce spectacle de passages de Virgile, mais bien souvent de citations d’Aimé Césaire, d’Albert Londres, de Ferhat Abbas, ou d’historiens de renom.)

Poignante nostalgie qui étreint le professeur à la lecture de ces lignes, celle d’arriver trop tard dans un monde non pas trop vieux, mais trop adonné à la tyrannie du « jeunisme » et du plaisir immédiat !

Ne nous voilons pas la face : au départ, le lycéen moyen n’a absolument pas envie de participer à un tel projet en tant qu’interprète. Il y a certes l’angoisse très compréhensible de s’exposer au regard des autres, mais malheureusement, il y a aussi souvent, tout simplement, le mouvement instinctif de recul devant l’effort. Autre ligne directrice de tout projet d’établissement : "donner le goût de l’effort" !

Ce sont en effet des efforts importants qui ont été demandés aux élèves de la classe de 1e ES2, alors qu’il s’agit d’un projet de classe ne reposant pas sur le volontariat. Une dimension essentielle de ce projet a donc été de démontrer son intérêt, d’accompagner le spectacle de toute une série d’actions pour que les élèves puissent se l’approprier, et découvrir rapidement tout ce qu’il pouvait leur apporter.

Ce furent d’abord des sorties pédagogiques: une première pour assister à une représentation de théâtre chanté présentée par les jeunes du CREA, dont une animatrice est intervenue dans la classe tout au long du projet. Une autre sortie a permis de voir le film "Indigènes", une troisième de découvrir les collections du tout nouveau Musée des Arts Premiers.

Ce fut aussi l’organisation des TPE autour de la thématique commune de la colonisation, avec la proposition d’un très large éventail de sujets, parmi lesquels ont été faits des choix aussi divers que "la Négritude" et "l’Algérie des grands écrivains", "l’image du Noir dans la publicité autour de Banania", et "la reconnaissance de l’Autre, du primitif au peuple premier", ou encore "la révolte de Saint-Domingue" et "la Toussaint 54". En Français, l’expérience acquise avec le projet a pu être exploitée dans le cadre d’un sujet d’étude sur le théâtre, au moins à deux niveaux : elle a donné aux élèves une bonne connaissance du contexte de l’œuvre étudiée "La tragédie du roi Christophe" d’Aimé Césaire, qui met en scène un successeur de Toussaint Louverture, et elle leur a permis de comprendre par la pratique cette notion qui est au cœur du théâtre contemporain : la distanciation brechtienne.

Ce fut encore, en novembre, un séjour à Fréjus, centré sur le Musée des Troupes de Marine, la force militaire engagée dans les guerres coloniales. (Voir plus loin le compte rendu assez réaliste de Maxime Chanteau)

Ce fut enfin en janvier un séjour en Sologne dans le centre de jeunes de la Fédération Maginot, pour répéter, et visiter un remarquable musée des deux guerres mondiales, sans négliger la préparation de l’examen avec un bac blanc de Français.

Toutes ces activités, en dehors de l’acquisition de connaissances, ont eu aussi pour but de fédérer la classe, et de faire percevoir très vite à tous le bonheur qu’apporte la participation à une entreprise commune. Concourant à cet objectif fédérateur, une heure hebdomadaire intégrée à l’emploi du temps, a été consacrée à l’expression corporelle et au chant, assurée par l’animatrice du CREA.

Je dois ici témoigner ma plus vive reconnaissance à toutes les personnes qui ont concouru à la réussite de ce projet, et tout d’abord les collègues qui ont formé une équipe merveilleusement solidaire pour les TPE et les séjours, Bénédicte Baritaux, professeur de Lettres, et Christian Oriol, professeur de Sciences Economiques et Sociales. Je veux aussi saluer la compétence d’Isylde Manach, l’animatrice du CREA (et sa patience !), et de Catherine Favier, la comédienne qui apporte son professionnalisme pour m’aider dans la direction d’acteurs. Merci aux collègues qui se joignent à l’équipe pour la dernière ligne droite, entre autres Charline Legrand, Julien Silhol, Gabrielle Andries. Merci également aux parents qui ont apporté leur concours pour la réalisation de costumes, en particulier les premières à se manifester, mesdames Consille et Blaza.

Sans partenaires financiers, un tel projet serait impossible. C’est le soutien de la municipalité d’Aulnay-sous-bois, de madame Boitel, adjointe à la culture, des services culturels et des services de la Jeunesse, qui a permis de financer les interventions d’Isylde Manach et de Catherine Favier, complétés par une subvention de l’académie de Créteil, ce sont les considérables subventions de la Fédération Maginot qui ont permis de financer le voyage en TGV jusqu’à Fréjus, ou en car jusqu’en Sologne. C’est la subvention de la Région Ile-de-France qui permet de transformer notre réfectoire en salle de spectacle, éclairée grâce à un prêt gracieux de l’Espace Jacques Prévert, sonorisée par l’association LOVSON, les éclairages étant installés et réglés par VSO, et les audiovisuels assurés par Chelles Audiovisuel.
Une pensée spéciale doit aller à l’association des amis de Jean ZAY, qui concourt aussi au financement de ce spectacle à travers le prix annuel Jean Zay, d’un montant de 500€ décerné pour 2005 au spectacle d’il y a deux ans "L’intelligence et la haine".

Mais il fallait aussi bénéficier du soutien sans faille de l’équipe de direction du lycée, M. Girotto, Mme Parent et Mme Lauer, du personnel de l’intendance et du personnel ouvrier du lycée. Les difficultés d’organisation n’ont pu être surmontées que grâce à leur soutien et à leur dévouement.

L’expression de ma plus chaleureuse reconnaissance à toutes ces personnes, sans oublier ceux qui, à l’heure où j’écris, n’ont pas encore participé à l’aventure, mais qui se joindront à nous pour la dernière ligne droite. Tout cela pour atteindre ce qui finalement est le maître mot de tout projet éducatif : "mettre les élèves en situation de réussite." Nous avons tout fait pour leur donner cette chance, je ne doute pas qu’ils vont, dans les quatre représentations de ce spectacle, nous en donner une manifestation éclatante.

de René-Augustin BOUGOURD

flechehaut

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2006